UNIVERSITY of GLASGOW

The Corresponence of James McNeil Whistler
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Record 4 of 15

System Number: 00140
Date: 18 June 1888
Author: Alphonse Allard[1]
Place: Brussels
Recipient: JW
Place: London
Repository: Glasgow University Library
Call Number: MS Whistler A193
Document Type: ALS


ALPH. ALLARD
DIRECTEUR DE LA MONNAIE
BRUXELLES (ST. GILLES)

à Mr Whistler
à Londres. - .

18 Juin 1888.

Cher Monsieur,

Merci mille fois de votre "Ten O'Clock[2]"

Quel plaisir en le lisant!

Non seulement vous êtes grand artiste, mais vous êtes charmant écrivain, poête gracieux et par dessus le marché homme d'esprit, ce qui devient rare!

Ma connaissance superficielle de la langue anglaise, m'a heureusement suffi à comprendre votre traducteur francais!

Mais vous dites cher Monsieur, et je le crois, que "l'art et la joie vont de pair" et cependant je ne crois pas me tromper en apercevant derrière cette affirmation si vraie, une pointe de tristesse, de reproche et presque d'amertume, à l'adresse de "la masse populaire, qui d'après ce que vous pensez, ne comprendra jamais rien en fait d'art"

Je fais partie cher Monsieur, de ce peuple, laissez moi protester contre ce que je crois être de votre part une profonde erreur, qui n'aboutit qu'à troubler votre tranquillité et à compromettre, sans profit pour personne, l'honneur et la dignité humaine. -

Il semblerait à vous entendre, que l'artiste naitrait en quelque sorte du hasard et comme une aërolithe détachée de je ne sais quel Ciel, traverserait notre atmosphère en s'échauffant et tomberait ainsi sur notre terre, sans avoir rien de commun avec ce qui l'entoure! -

(p. 2) Ne vous parait'il pas de prime abord, que cet accident, ce météore, cet artiste, serait parmi nous bien invraisemblable?

Bien malheureux serait l'artiste ce parias [sic] d'ici bas! bien étonnante serait l'humanité, qui se bouleverse d'une pierre tombée du ciel et resterait indifférente à l'artiste et à l'art!

Permettez moi de supposer, Mon cher Monsieur, qu'emporté par votre vive imagination, et peut être par une exagération du moderne scepticisme, cette maladie chronique du XIXe Siècle, vous êtes allé au de là de votre pensée intime; car si réellement vous êtes aussi convaincu que "le peuple ne comprendra jamais rien en fait d'art" pourquoi donc vous seriez vous donné la peine de répèter à 3 fois votre conférence, à Londres à Oxford à Cambridge; si vous aviez été convaincu intimement de la surdité de votre auditoire, je vous connais trop d'esprit pour vous donner la peine de lui parler de ce qu'il ne pouvait entendre. -

Et de plus ne lui reprochez vous pas d'avoir inventé "le bon marché, l'imitation artistique et le faux" mais n'auriez vous pas dû, tout au contraire, le féliciter?

On n'imite, cher Monsieur, que ce que l'on admire, l'imitation n'est elle donc pas déjà un hommage rendu à la beauté, n'est elle pas une aspiration vers le beau, n'est elle pas une appréciation de l'objet imité, n'est elle pas un acheminement du public [illegible] vers le temple et le culte de l'art. - .

Croyez moi, cher Monsieur, sans être artiste lui-même, le peuple est sensible aux (p. 3) manifestations artistiques quelles qu'elles soient, il en apprécie les finesses, il sait en admirer la grandeur, il en subit la puissance!

Croyez bien, qu'il n'est pas indispensable d'être Dieu lui même, pour admirer la nature, apprendre à parler son langage et finir à aiguiser suffisamment sa sensibilité pour en subir toutes les impressions!

Vous doutez de vos semblables cher Monsieur, et je comprends à quel point ce doute doit vous attrister; vous vous sentez sociable, vous êtes aimable et vous vous sentez aussi bon que grand artiste et ce doute que vous vous plaisez à entretenir ne crée entre vous & vos semblables que ce que vous vous plaisez à appeler "l'abîme qui sépare le public du peintre"

Vous voyez des antagonismes là où n'existent que des harmonies, et je me permets de vous le dire c'est là que se trouve votre erreur!

Pardon, si je "hausse peut être le ton là où les Dieux se permettent à peine de chuchotter", mais il me parait qu'entre le peintre et le public règnent les mêmes harmonies, qu'entre les astres qui s'attirent au ciel, ou qu'entre la fleur qui sur cette terre attire le papillon.

Louis XIV et sa cour favorisent l'éclosion de poëtes de musiciens et de peintres fameux!

Napoléon impose silence aux artistes à coups de canon

La Hollande au ciel brumeux, aux longs horizons aux frais ombrages exerce son influence sur les Obbema comme sur les Ruysdael[3]!

(p. 4) Tout se tient, tout s'harmonise, tout se complète dans l'oeuvre sociale, aussi ne puis-je croire avec vous, Cher Monsieur, que l'art n'aurait ici bas, "aucune utilité et qu'il ne se propose en aucune façon pour améliorer autrui" si cela était vrai, j'ai bien peur qu'il n'aurait pas vécu si longtemps. -

Rappelez vous je vous prie, "au commencement, c'est vous qui parlez Cher Monsieur, les hommes de Chasse et de guerre buvaient dans des gourdes décorées par les premiers artistes ces inventeurs du beau - Ils buvaient avec une indifference complète["] - Ces mêmes, hommes du peuple, admirent ces gourdes aujourd'hui, au point de vouloir les imiter, et ils oublient la guerre! - C'est l'art qui a opéré ce prodige!!

Je vous en conjure Cher Monsieur, ne vous laissez pas envahir par de pareils découragements, ne refroidissez pas les artistes en leur persuadant l'inutilité de leur travail et de leurs efforts, ne ralentissez pas l'essor artistique en voulant en écarter le public; développez au contraire cette idée, que vous avez si bien exprimée: que les artistes sont les véritable pionniers de la civilisation, de la paix, de l'amitié et de l'amour dans ce bas monde, qu'ils idéalisent la nature, la font aimer, et la perfectionnent à ce point, que les Dieux, qui les regardent faire, deviennent jaloux de ce qu'ils trouvent eux mêmes, la Venus de Milo plus belle qu'Eve, telle qu'ils l'avaient créée!" - Voilà la vérité! -

Croyez Cher Monsieur à tous mes remerciments et à mon amitié. - .

A[ll?] Allard


This document is protected by copyright.


Translation:

ALPH. ALLARD
DIRECTOR OF EXCHANGE
BRUSSELS (ST. GILLES)

To Mr Whistler
In London. -

18 June 1888.

Dear Sir

Thank you very much indeed for your "Ten O'Clock"

What a pleasure to read it!

Not only are you a great artist, but you are a charming writer, a gracious poet and above all a man of character, which is becoming rare!

My superficial knowledge of the English language, has fortunately been sufficient to understand your French translator!

But you say, dear Sir, and I believe it, that art and joy go together and nevertheless I do not believe I am mistaken in seeing behind this very true affirmation, a touch of sadness, reproach and bitterness, in your address to the popular masses, who according to your opinion, will never understand anything about art"

I am a part, Sir, of this people, permit me to protest against what I believe to be on your part a profound error, which will in the end disturb your tranquillity and compromise, to the benefit of nobody, honour and human dignity.

It would appear, from listening to you, that the artist is born in some way by chance and like an aerolite separated from I know not what Heaven, would cross our atmosphere to burn and fall to our earth, having nothing in common with his surroundings! -

[p. 2] Does it not appear to you in the first place, that this accident, this meteor, this artist, would be unnatural amongst us?

So unhappy would the artist this pariah be here below, so amazing would humanity be, to be overcome by a stone fallen from the sky that it would remain indifferent to the artist and art!

Permit me to suggest, My dear Sir, that carried away by your vivid imagination, and perhaps by a surfeit of modern scepticism, this chronic malady of the XIXth century, you have gone beyond your inward thoughts; because if you were truly convinced that "the people will never understand anything about art" why then would you have given yourself the trouble of repeating your lecture 3 times, in London Oxford and Cambridge; if you had been deeply convinced of the deafness of your audience, I know you to have too strong a character to give yourself the trouble of speaking to them about that which they could not understand. -

And moreover do not reproach them with having invented "cheapness, artistic imitation and falsehood" but should you not, on the contrary, have congratulated them?

One only imitates, dear Sir, that which one admires, is imitation not therefore homage rendered to beauty, is it not aspiration to the beautiful, is it not an appreciation of the imitated object, is it not an approach from the public towards the temple and cult of art?

Believe me, dear Sir, without being artists themselves, people are sensitive to [p. 3] artistic manifestations whatever they may be, they appreciate their finesse, they know how to admire their grandeur, they submit to their power!

Believe, that it is not indispensable to be God oneself, in order to admire nature, to learn its language and to come to sharpen one's sensitivity to experience all its impressions!

You doubt your fellow creatures, dear Sir, and I understand to what point this doubt must sadden you; you feel sociable, you are amiable and you feel as good a man as a great artist and this doubt which you please to maintain only creates between you and your fellow creatures what you please to call "the abyss which separates the public from the painter"

You see antagonism there where there is only harmony, and I venture to tell you that it is there where your error lies!

Forgive me, if I "perhaps raise my voice where the Gods scarcely permit a whisper", but it seems to me that between the painter and the public the same harmony reigns, as between the stars who are attracted to the sky, or between the flower which on this earth attracts the butterfly.

Louis XIV and his court favour the seclusion of famous poets musicians and painters!

Napoleon imposed silence on artists by cannon shots

Holland with its drizzling skies, its long horizons its shady freshness exerts its influences on the Obbemas as on the Ruysdaels!

[p. 4] Everything holds together, everything harmonises, everything completes itself in the social milieu, therefore I cannot believe with you, Dear Sir, that art would not have here below "the slightest use" and "it is not suggested that it could improve others in any way" if that were true, I fear that it would not have survived so long.

Remember I beg you, "in the beginning" it was you who said, Dear Sir, that hunters and soldiers drank from gourds decorated by the most celebrated artists these inventors of the beautiful - They drank with complete indifference["] - These same men of the people, admire these gourds today, to the point of wishing to imitate them, and they forget war! - It is art which has worked this prodigy!

I beg you, Dear Sir, do not allow yourself to be overwhelmed by similar discouragements, do not chill the artists by telling them of the uselessness of their work and their efforts, do not slow the artistic flow by wishing to distance the public; develop on the contrary that idea, which you have so well expressed: that artists are the real pioneers of civilisation , of peace, of friendship and of love in this poor world, that they idealise nature, make it beloved, and perfect it to such a point, that the Gods, who watch them at work, become jealous of what they find themselves, the Venus de Milo more beautiful than Eve, as they have created her! - That is the truth! -

Please accept, Dear Sir, my grateful thanks and my friendship.-.

A [ll?] Allard


Notes:

1.  Alphonse Allard
Alphonse Allard (1857-1923), writer and politician [more].

2.  Ten o'clock
Whistler, James McNeill, Le 'Ten O'Clock' de M. Whistler, Paris, 1888.

3.  Obbema [...] Ruisdael
Meindert Hobbema (1638-1709), and the Ruisdaels, all Dutch painters, including Jacob van Ruisdael (1628 or 1629 - d. 1682), and Salomon van Ruisdael (ca 1602 - d. 1670).